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Serrurier : bien plus qu'un simple poseur de verrou…Le métier de serrurier a beaucoup évolué ces dernières années. Non content de poser serrures et verrous, le professionnel propose aujourd'hui blindages, alarmes, commandes automatiques, fenêtres. Une évolution liée aux nouvelles technologies qui ne bride en rien, au contraire, la tradition des serruriers d'art.
![]() Les images d'Epinal ont la vie dure. Dans l'imaginaire collectif, le serrurier est cet artisan de quartier qui, dans son petit atelier au coin de la rue, reproduit en quelques minutes les clés de la voiture ou de la maison. A l'occasion, il effectue également des tâches de cordonnerie et répare les semelles des chaussures. Comment pourrait-il en être autrement ? En effet, l'Ancien Testament mentionne déjà des mécanismes ressemblant forts à des serrures tandis que les vestiges de serrures les plus anciens, en bois, remontent à 4.000 avant notre ère. En France, la première réglementation concernant les serruriers date de St Louis au XIIIème siècle. Elle stipulait qu'il était "interdit au serrurier de travailler la nuit car l'éclairage n'est pas suffisant pour cette activité minutieuse et l'on pourrait le soupçonner de faire des fausses clefs. De même l'ouvrier a l'obligation de faire uniquement les clefs des serrures qu'il a devant les yeux dans son atelier". Le besoin de fermer et protéger ses biens n'a pas évolué. De fait, dans la première édition du Dictionnaire de l'académie (1694), il est question pour serrure d'un "Ouvrage, machine de fer, de cuivre, de bois, etc. qui s'ouvre avec une clef, et qu'on applique à une porte, à un coffre, etc. pour les fermer". Ainsi la clef sert à ouvrir, la serrure à fermer. D'ailleurs, encore aujourd'hui, plus encore que la signature, c'est la remise des clefs d'un logement qui symbolise le mieux le fait de prendre possession des lieux. ![]() Pourtant, si chacun dispose encore d'un trousseau de clefs, la profession de serrurier, telle qu'elle est aujourd'hui pratiquée, n'a plus grand-chose à voir avec cette image. A tel point qu'il est permis de se demander si le mot 'serrurier' n'est pas en soi réducteur, tant les tâches se sont diversifiées : pose de serrures, clefs de plus en plus élaborées, blindages de portes, pose de fenêtres en PVC ou en métal, protections et grillages de fer pour magasins et même fourniture de coffre-fort… "Toutes les ouvertures du bâtiment", dit l'un d'eux fièrement. Bref, un métier à multiples facettes, qui ne connaît pas la crise.
publicité Le serrurier s'occupe tout de même encore des serrures (enfin !) même s'il ne s'agit plus maintenant que d'une activité parmi d'autres, et encore est-elle minoritaire. C'est pourtant un domaine où les innovations sont constantes depuis une vingtaine d'années. Les 'clefs' proposées sont toujours plus modernes et ressemblent de moins en moins à la bonne vieille clé dentée : jeux non reproductibles avec des titres de propriété, clés munis de mécanismes plus ou moins élaborés, clef plastique des hôtels, mécanisme d'ouverture automatique. ![]() Ce n'est pas tout puisque le domaine de compétences du serrurier comprend également des produits de haute technologie, comme les digicodes, les contrôles à distance (domotique), les codes électronique personnels et éventuellement les serrures à carte à puce. Le futur verra sans doute par ailleurs une personnalisation de l'usage des clefs de lieux publics ; ainsi pour un gymnase par exemple, la clef ne sera utile que pendant les heures, disons de 16 à 18h, réservées à l'avance par l'utilisateur, la même clef n'ouvrant pas la même porte en dehors de ces horaires. Même les clefs qui permettent de commander des ouvertures à distance seront peut-être bientôt obsolètes avec demain la reconnaissance vocale ou les recherches concernant d'autres modes de reconnaissance (les yeux, la main, les empreintes digitales, etc.). Pourtant ce sera sans doute encore le 'serrurier', quand les serrures auront depuis longtemps disparues, qui installera ces systèmes. Plus culturel, mais aussi plus marginal, des artisans portent le titre de serrurier d'art. Ce sont des personnes qualifiées pour rénover, réparer et remplacer des objets anciens en métal. Une fois encore, il ne s'agit pas seulement de serrures, mais aussi de grillages ou de charpentes métalliques. A l'instar de Francis Tempier, serrurier d'art en Eure-et-Loir, beaucoup travaillent avant tout pour des commandes publiques de restauration. "J'ai participé aux travaux de rénovation des vitraux de la cathédrale de Tours et je restaure en ce moment le doublage en laiton sur la rose de la cathédrale de Chartres", explique-t-il. Il leur arrive toutefois de travailler pour des propriétés privées, notamment lorsqu'elles sont classées monuments historiques. "Nous ne sommes qu'un maillon de la chaîne, prévient l'artisan. Le véritable responsable des travaux dans ce cas est l'architecte". Lorsqu'ils remplacent une pièce, les serruriers d'art s'adaptent au style et aux moyens de fabrication de l'époque et la nuance avec le ferronnier est parfois subtile puisque le serrurier d'art doit savoir fabriquer avec des soudures mais aussi en travaillant dans une forge traditionnelle. De la Gaule antique jusqu'au Moyen-Age, le serrurier est d'ailleurs appelé 'fèvre', du latin faber, forgeron, et est autant serrurier que forgeron, ferronnier et armurier, celui travaillant l'or devenant 'orfèvre'. Il n'est pas étonnant donc que le serrurier d'art soit capable de reproduire tous les types de pièces, comme si elles avaient été fabriquées… au Moyen-Age ou au début du XXe siècle. Ainsi, si vous souhaitez rénover une vieille bâtisse en conservant l'aspect de serrures traditionnelles, vous aurez plus vite trouvé votre bonheur avec la 'création' d'un serrurier d'art qu'en courrant les brocantes. D'autant plus qu'il saura construire la clef, au sens propre, adéquate et l'anneau qui va avec. En réalité, non seulement le mot 'serrurier' est-il réducteur au vu des toutes les activités auxquelles il est lié mais le mot 'clef' lui-même semble aujourd'hui désuet dès lors que cette 'clef' permet d'ouvrir garage, voiture ou portail à distance. Ils ne sont pourtant pas près de disparaître car les serruriers ne souhaitent pas changer leur nom. Tout simplement, explique Francis Tempier, parce qu' "il s'agit d'une tradition". Christophe Leray |
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