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Chauffe-eau solaire : un investissement rentable dans le temps

Fabrice Bordet est Chargé de Développement à ENERPLAN, l’association Professionnelle de l'Energie Solaire. Il revient pour Travaux.com sur l’engouement sans précédent des Français pour le solaire thermique. Entretien.

Travaux.com : Les particuliers ne connaissent pas toujours très bien la différence entre solaire thermique et solaire photovoltaïque. Peut-on expliquer cette différence en quelques mots ?

Weishaupt© Installation Solaire

Fabrice Bordet : Nous sommes effectivement encore dans une phase où il reste nécessaire, tant vis-à-vis du particulier que du professionnel lambda, d’expliquer la différence entre ces deux systèmes. Les gens commencent à savoir ce qu’est un chauffe-eau solaire individuel (CESI) sans pour autant comprendre comment ça fonctionne ni qu’un couplage avec une énergie traditionnelle reste nécessaire. Pour simplifier donc, disons que le photovoltaïque est un système de production d’électricité qui est soit consommée soit réinjectée dans le réseau tandis que le solaire thermique est un système de production de chaleur (eau chaude sanitaire et chauffage).

Patrick Devedjian, ministre de l’Industrie, faisait part il y a peu de ses doutes concernant le système photovoltaïque, y préférant l’éolien. Le solaire thermique semble en revanche être en plein développement. Pourquoi cette différence ?

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Si le solaire thermique est en plein développement, c’est parce que c’est aujourd’hui la technologie solaire la plus mature d’un point de vue technico-économique et que la filière est apte à passer en mode 'diffusion' pour généraliser l‘eau chaude solaire. Ainsi, avec seulement 4m² de panneaux solaires thermiques et un ballon de 300 litres, un particulier peut assurer, selon les régions, de 50 à 80% de sa consommation d’eau chaude. Compte tenu des aides publiques (nationale, régionales et locales), l’investissement est rentable dans le temps, dix ans à peine, ce qui en fait une solution pertinente. Pour le collectif, la rentabilité est encore plus intéressante, le foisonnement des consommations faisant que le capteur solaire sera sollicité avec un maximum de rendement (jusqu’à 750kWh/an/m²).

Pour le photovoltaïque par contre, on observe une certaine réserve de quelques personnalités politiques et administratives marquantes, à l’encontre du développement de cette filière en France, qui est pourtant au plan mondial l’une des énergies les plus prometteuses. Plus précisément, ces personnalités concèdent que cette filière solaire mérite de bénéficier d’un effort de recherche, mais que l’émergence aujourd’hui d’un marché même limité en France métropolitaine pour soutenir l’industrie est un luxe inutile.

Cette attitude est d’autant plus dommageable que l’industrie du solaire photovoltaïque implantée en France représente près d’un millier d’emplois et exporte 95% de sa production de panneaux solaires. Le marché mondial qu’elle fournit connaît une croissance annuelle de plus de 30% et des prix qui chutent de 5% par an depuis plus de 10 ans. La situation de ce fleuron industriel est fragilisée en France par la quasi-inexistence d’un marché domestique qui existe dans tous les autres pays concurrents. Quelle filière énergétique, nucléaire compris, peut se prévaloir en France d’une telle performance à l’exportation d’équipements ?

Quant à la recherche c’est, dans ce domaine, une activité nécessaire et beaucoup trop importante pour servir d’alibi à un désengagement industriel marqué. Il est vrai qu’à court et moyen terme, le photovoltaïque n’a pas la capacité de produire massivement de l’électricité sur le réseau, mais peut par contre assurer localement de très utiles services.

Il n’en reste pas moins que les fabricants ont développé toute une gamme de produits complémentaires qui permettent notamment une meilleure intégration et que ce coût est destiné à baisser encore, la position du gouvernement ne se justifie donc, à nos yeux, pas du tout. D’autant que le solaire permet d’enclencher le cercle vertueux des bâtiments à énergie positive (qui produisent plus qu’ils ne consomment). Nous pensons que pouvoir être son propre producteur et consommateur d’une partie de l’énergie que l’on consomme va dans le sens de l’histoire. L’énergie solaire thermique et photovoltaïque est une des seules solutions, avec la géothermie peut-être, pertinentes pour le particulier.

Que doit savoir un particulier qui souhaite faire installer un chauffe-eau solaire ?

Il n’est pas nécessairement difficile d’installer une chaudière sur un toit mais il y a plusieurs éléments à prendre en compte car cette mise en oeuvre requiert un savoir-faire qui fait appel à plusieurs compétences : plomberie, électricité, intervention en toiture et il faut savoir utiliser une boussole. Il faut donc faire appel à une entreprise qui maîtrise ces compétences, ou qui intervient conjointement avec une entreprise qui les maîtrise (intervention en toiture avec garantie décennale par exemple).

Pour simplifier, si l’on a affaire à un bon électricien mais un mauvais soudeur, on court à la catastrophe. Il existe des formations destinées aux artisans qui leur offrent une qualification correspondante à ces compétences. Le particulier ne doit donc pas hésiter à se renseigner à ce sujet, notamment pour savoir si le professionnel est adhérent à la charte Qualisol qui certifie donc que la qualification dont nous parlons est acquise.

Vous anticipez donc un fort développement de ce marché ?

Le photovoltaïque, pour l’instant, va malheureusement rester marginal en volume. Mais nous estimons, concernant le solaire thermique, que les efforts vont dans le bon sens et la mise en place d’un crédit d’impôt de 40% (NDLR ce taux est passé à 50% en 2006) sur le matériel va fluidifier le marché (offre lisible, pas de lourdeurs administratives,...).

Avec l’ADEME, nous agissons auprès des conseils régionaux, pour qu’ils exigent pour octroyer leur prime, que l’installation soit réalisée par un professionnel adhérent à la charte Qualisol. Cela permettra de rester dans le cercle vertueux où les entreprises sont encouragées pour développer leurs compétences et s’adapter au grand défi du développement durable. Sans ce critère 'Qualisol', on assisterait à une mise en concurrence sauvage entre des entreprises qui investissent dans la qualité et d’autres qui ne le font pas. Cela serait sans nul doute dommageable aux premières, tandis que l’on s’éloignerait de notre objectif initial de lutte efficace contre le réchauffement climatique, tout en perdant sur le tableau de l’adaptation de notre tissu économique face au développement durable. Sans parler même du particulier qui risque de se retrouver avec une installation inefficace.

Nous souhaitons que l’octroi du crédit d’impôt et des subventions régionales et locales, soient liés à une qualification du matériel et des installateurs, ceci afin d’éviter que les problèmes qualitatifs, qui ont cassé la dynamique de l’énergie solaire dans les années 80, ne se reproduisent pas. En France, la politique liée aux énergies renouvelables a souvent été en dent de scie : pour structurer la filière du solaire, les industriels, les artisans, les maîtres d’ouvrages, les maîtres d’oeuvre ont besoin d’un cadre permettant de planifier des stratégies et des investissements.

A l’inverse, un certain nombre de freins à un meilleur développement de la filière sont passés au vert. Citons par exemple la RT 2005 qui va fixer des conditions de performance de 10 à 15% supérieures à celles exigées avec la RT 2000. Cette dernière inclut désormais les performances d’un CESI dans le calcul de la performance globale, ce qui, paradoxalement, n’était pas le cas jusqu’au début de l’année 2004. En clair, pour atteindre ces performances, soit on sur-isole, soit on installe des capteurs solaires, à moindre coût, qui permettent d’atteindre cet objectif.

Un autre levier est la loi d’orientation sur l’énergie qui va imposer, à l’horizon 2010, l’obligation d’étudier, dans tous les bâtiments d’une surface supérieure à 1.000m², une solution de production de chaleur ou d’électricité par énergie renouvelable. Dernier élément positif, dans le projet existe une disposition permettant aux collectivités locales pionnières en ce domaine d’obtenir une bonification de coefficient d’occupation des sols (COS) pour les bâtiments équipés en énergies renouvelables. Cela peut permettre aux maires d’impulser une dynamique en proposant aux promoteurs un échange gagnant pour tout le monde ; pour simplifier, un appartement supplémentaire contre un système d’eau chaude solaire collectif par exemple. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder l’ordonnance de Barcelone qui s’applique à tous les bâtiments collectifs neufs ou en réhabilitation dont la demande en ECS dépasse les 2.000 litres/jour et impose une production d’eau chaude solaire. Les maires disposent donc d’un levier indirect désormais pour mettre en place une politique forte et volontariste dans ce domaine.

Les Français vont donc pouvoir, à votre avis, bénéficier bientôt du développement de l’énergie solaire en France ?

Un récent sondage de l’ADEME montre que 98% des Français sont enclins à utiliser de l’énergie renouvelable. Un artisan Qualisol qui va systématiquement proposer l’option d’un CESI va donc immanquablement rencontrer sa clientèle. De fait, des artisans ont d’ores et déjà développé une forte activité solaire. Il y a donc là un marché à fort potentiel que les artisans peuvent s’approprier, sans aucun doute, au grand bénéfice de leurs clients.

De fait, les conseils régionaux devraient continuer à subventionner les chauffe-eau solaires, parfois de façon originale comme le 'chèque énergies renouvelables' en PACA ou le 'crédit à taux zéro' en Alsace. Enfin, le représentant du conseil régional Île-de-France a confirmé lors du congrès d'Enerplan la mise à l'étude d'une aide pour les particuliers dans sa région puisque la Région Île-de-France était la dernière à ne pas financer les chauffe-eau solaires individuels.

Propos recueillis par Christophe Leray

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