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Aménagement et décoration d'un commerce : misez sur le supplément d'âmeQu'est-ce qui fait le succès d'un commerce quand les mêmes normes s'imposent à tous et quand les produits sont similaires à des prix équivalents ? La décoration et l'aménagement : en clair, l'ambiance. Or créer cette ambiance est un métier qui ne souffre pas d'amateurisme. C'est ce qu'explique Pierre Sabria, orfèvre en la matière.Pierre Sabria, s'est fait connaître en 1986 avec la création de l'Entrepote, premier bar branché de la Bastille, à Paris. Très vite, Vogue Magazine choisit ce bar pour y photographier ses mannequins, un film y est ensuite tourné, et beaucoup d'autres bars se sont créés ensuite sur ce modèle. Depuis, Pierre Sabria, 48 ans, à la fois peintre et décorateur, concepteur et réalisateur d'ambiances, n'a cessé de mettre son empreinte sur différents lieux de vie parisiens et d'ailleurs. Il dévoile ici ce qui fait le fondement de sa réussite et donc des maîtres d'ouvrage (les clients) qui font appel à lui. Quand il s'agit de rénover ou mettre en valeur un commerce, un bar ou un restaurant, nombre de propriétaires et/ou gérants s'appliquent à trouver de bons artisans en oubliant parfois de chercher l'artiste. Pourtant la plus-value d'un tel lieu est la plupart du temps culturelle et artistique, non liée à la fonction. Dit autrement, deux pizzerias peuvent avoir chacune des outils très performants (la cuisine, le frigo, le carrelage, la chaîne du chaud et froid, des sols anti-dérapant, etc.) et offrir chacune des produits de bonne qualité, c'est "l'artiste", soit la décoration, qui fera la différence entre succès commercial et, au mieux, succès d'estime. Or, c'est justement sur ce point que les clients de Pierre Sabria, et donc de tous les créateurs d'ambiance, sont les plus frileux. Par forcément à juste titre d'ailleurs car comme le soutient le décorateur, "une chaise est belle quand on a envie de s'asseoir dessus ; de même un décor est réussi quand il est fonctionnel". En clair, les professionnels sérieux n'ont nulle envie de concevoir une machine à gaz pour leur client.
"La décoration, ce ne sont que des impressions, des mises en lumière, comme une mise en scène de théâtre", dit-il. "Si vous prenez le plus beau mannequin au réveil avec une lampe dans la figure, elle apparaîtra comme un laideron ; de la même façon, qui a envie de manger sous un néon qui donne un air maladif ?". En clair, il faut au lieu "un supplément d'âme", "raconter une histoire", "avoir des choses à dire". Tout un programme qui ne tolère pas les à-peu-près. "Tout m'intéresse, les épiceries, les fruits et légumes ; il y a près de chez moi une poissonnerie et ça me démange d'aller trouver le propriétaire pour dire à quel point son magasin pourrait rendu plus attrayant", explique, rigolard, Pierre Sabria. Certes le nerf de la guerre est bien entendu le budget du maître de l'ouvrage (le client propriétaire ou gérant) et si le décorateur commence par proposer des sols en marbre de palais vénitien, il risque d'effrayer son client. "La vraie question à se poser avec son décorateur est donc : que peut-on faire avec ce budget ?", rappelle Pierre Sabria qui explique que l'art même de son métier est l'usage des artifices (fresque, trompe l'œil) et le savoir-faire, lesquels n'ont pas de relations directes en termes de coût. "Quand je peins un trompe-l'œil, que je peigne un chef d'œuvre ou une horreur le prix de la peinture et de l'enduit et le temps passé sont les mêmes", dit-il. Pierre Sabria évoque souvent avec affection ses clients et trouve leur peur "justifiée" quand ils ont déjà eu affaire avec des décorateurs autoproclamés qui réalisent trop tard que la décoration n'est pas aussi simple que d'acheter une série d'accessoires. Sauf que le client a payé pour un truc raté et n'est plus prêt à prendre des risques. Pour sa part, Pierre Sabria présente systématiquement une maquette du projet afin que le maître de l'ouvrage non seulement comprennent les idées qu'il a voulu exprimer mais, plus important encore, y adhère. "Le patron doit pouvoir s'approprier le lieu, surtout s'il craint, souvent, l'idée que l'on va se faire de lui", dit-il. Il n'en reste pas moins que si Pierre Sabria travaille autant aujourd'hui, c'est parce que des risques, calculés, ont été pris par ses clients. Au Baz'Art café par exemple, il a créé un rideau de zinc. L'idée était audacieuse mais, une fois conçue et installée, elle suscite l'admiration des clients du restaurant. Au final, pour que la rénovation soit réussie, il faut accepter que le décorateur propose une fiche technique et un prix correspondant qui ne sont pas ceux d'un modèle mais d'une œuvre unique, adaptée au lieu et à la personnalité de son propriétaire. Christophe Leray Consulter également notre album-photo des œuvres de Pierre Sabria en cliquant ici. |
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